Billet : Michele Cutino

Quand l'histoire contemporaine locale éclaire la grande histoire de l'Église

Après avoir introduit brièvement dans le billet de l’année académique 2015-2016 le statut épistémologique de l’histoire du christianisme antique, dans celui-ci, qui inaugure cette année 2016-2017, je veux me concentrer sur un argument « transversal », c’est-à-dire sur la portée doctrinale de la production poétique dans le christianisme antique et sur son rôle fondamental pour une reconstruction pleinement correcte du développement des idées théologiques et de l’exégèse biblique même.

Il s’agit d’une perspective historiographique de plus en plus au centre de la réflexion critique selon des méthodologies partagées. En effet, on a remarqué, en particulier, que l’emploi du genre poétique par les chrétiens à partir de la fin du IIIème s./début du IVème s. – plus tard, donc, que la production littéraire chrétienne en prose, qui accompagne la naissance même de cette religion – selon des modalités variées du point de vue des contenus, des destinataires, des milieux de référence et des finalités, se donne comme but, avant tout, la « vulgarisation » de la spéculation théologique et de l’interprétation scripturaire au bénéfice des rudes, c’est-à-dire des personnes étrangères aux écoles catéchétiques ou à la carrière ecclésiastique, mais appartenant aux élites cultivées de leur temps, à travers l’instrument expressif privilégié par eux, la production en vers. D’où la christianisation relativement tardive de cette production qui correspond à la christianisation massive de l’intelligentsia de l’Empire romain surtout après le tournant constantinien, aux IV-Vème s. C’est en quoi la production chrétienne en vers revêt un grand intérêt du point de vue socio-culturel pour évaluer en profondeur le phénomène même de la christianisation des classes dirigeantes, en particulier au Vème s.


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