Billet : lsabel Iribarren

Les langues du Moyen Âge

Depuis quelques années, la question du rôle et du fonctionnement des langues vulgaires dans le discours savant médiéval bénéficie d’une attention toute particulière de la part des historiens de la philosophie médiévale, relevant la dimension politique du choix du vulgaire vis-à-vis du latin clérical. L’imposition du latin comme langue du savoir est un aspect avéré de la culture médiévale, mais il ne se fait pas sans la volonté politique des papes successifs.

Celle-ci gagne toute son ampleur en 1215 avec le IV concile de Latran : l’éradication des hérésies allait de pair avec un effort d’uniformisation des pratiques des fidèles, qui faisait de la maîtrise du latin scolaire une priorité chez les clercs. Si bien qu’à la fin du XIIIe siècle, le théologien franciscain Jean Peckham émet l’hypothèse du latin comme langue parlée au paradis, au détriment des autres langues référentielles de choix, l’hébreu et le grec. C’était dire l’importance sociale qu’avait acquise le latin, symptomatique d’un « cléricalisme scientifique » (Ruedi Imbach et Catherine König-Pralong) qui qualifiait les laïcs d’illettrés et les savoirs alternatifs pratiqués en langue vulgaire comme suspects car échappant au contrôle de l’Église.


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