Billet

Le courrier de la faculté de théologie catholique a tout juste un an. « Il fait le pari de la rencontre » écrivait le Doyen en 2014. Rencontre avec les étudiants, les enseignants, les chercheurs. Rencontre avec les différentes disciplines de la théologie universitaire. Rencontre avec les différentes cultures, religions, traditions.

Ce billet fait le pari de la rencontre avec l’actualité marquée par cette terrible nuit sanglante du 13 novembre 2015 dans notre pays. Que dire ? Dans les médias, les déclarations sont unanimes : non à la violence, à la haine et à la barbarie. Oui à l’union, au dialogue et à la solidarité. Les réseaux sociaux proclament à l’unisson sur la toile : « Pray for Paris ». « Prier »... Mais de quelle prière parle-t-on ? À quel Dieu s’adresse-t-elle ? Quelles sont les représentations du Dieu auquel on croit ?

Quête de spiritualité, élan de fraternité, besoin de relier le tragique à des symboles, il semblerait que les actes terroristes secouent soudainement l’être humain dans ce qu’il a de meilleur en lui-même : ses capacités à développer son humanité, à se relier à plus grand que soi, à rester confiant dans l’avenir. La solidarité et l’altérité sont deux principes sur lesquels peuvent se construire une société au service de la liberté du Sujet. « Sans paix entre les religions, pas de paix entre les peuples » (Hans Küng).

Face à un tel événement, le théologien peut quitter la dichotomie discours/pratique, et considérer la pratique comme critère d’intelligence de la foi. Toute crise peut être féconde pour (re)penser la foi et ses expressions. Jean-Louis Souletie souligne qu’il n’y a « pas de foi sans mise en œuvre d’une opération herméneutique qui établit une corrélation critique entre la tradition de l’expérience chrétienne et nos expériences actuelles ».

Ni théologien, ni bibliste, Philippe Meirieu, un pédagogue respectueux des valeurs humaines et croyantes, nous invite à « prendre soin de la vie » :
« Nous savions que la vie était fragile, que l’humain c’était par moments et que la démocratie était menacée par les forces archaïques qui habitent encore le monde. Nous savions que, face à la vacuité de nos modèles économiques fondés sur la consommation compulsive, notre occident peinait à offrir un autre idéal que l’assujettissement aux intégrismes. Nous savions que tout ce qui nous tient à cœur est mortel et que l’obscurité absolue peut, un jour, faire oublier l’espoir de toute lumière...
Que cette nuit terrible où nous avons éprouvé la terreur de la pénombre, nous rappelle notre fragilité et notre finitude. Qu’elle renforce ainsi notre détermination à prendre soin de toute vie, de toute pensée libre, de toute ébauche de solidarité, de toute joie possible.
Prendre soin de la vie et de l’humain, avec une infinie tendresse et une obstination sans faille, est, aujourd’hui, la condition de toute espérance. Sachons qu’un seul sourire échangé, un seul geste d’apaisement, aussi minime soit-il, peut encore, contre tous les fatalismes, contribuer à nous sauver de la barbarie... »

Cette pensée ne rejoindrait-elle pas d’une certaine manière « l’écologie intégrale » développée par le pape François dans son encyclique Laudato si’ ?

Christine AULENBACHER


La parole du mois

LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX

252. La relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance. Ils sont aujourd’hui particulièrement présents en de nombreux pays de tradition chrétienne, où ils peuvent célébrer librement leur culte et vivre intégrés dans la société. Il ne faut jamais oublier qu’ils « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (Conc. œcum. Vat II, Lumen gentium, n° 16). Les écrits sacrés de l’Islam gardent une partie des enseignements chrétiens ; Jésus Christ et Marie sont objet de profonde vénération ; et il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’Islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux. En même temps, beaucoup d’entre eux ont la profonde conviction que leur vie, dans sa totalité, vient de Dieu et est pour lui. Ils reconnaissent aussi la nécessité de répondre à Dieu par un engagement éthique et d’agir avec miséricorde envers les plus pauvres.

253. Pour soutenir le dialogue avec l’Islam une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu’ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur propre identité, mais aussi pour qu’ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous-jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes. Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence.

Pape FRANCOIS – Exhortation Apostolique EVANGELII GAUDIUM, § 252 et 253.


Lectures

  • François-Xavier AMHERDT, Culture et foi en dialogue, Collection « Vatican II pour tous », Médiaspaul, Paris, 2015, 165 p.
    Après avoir situé la Constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II dans l’histoire, l’auteur répond à trois questions : quel monde le document vise-t-il ? Quelle Église conçoit-il dans le partenariat Église/monde ? Et quel homme veut-il bâtir dans le cadre culturel contemporain ? Il montre que les intuitions de Gaudium et Spes sur le rayonnement de la foi chrétienne dans la culture, gardent toute leur actualité. La « culture » évoquée par le Concile doit être comprise dans un sens très large.
    « La culture est cette façon particulière dont les hommes et les peuples cultivent leur relation avec la nature et leurs frères, avec eux-mêmes et avec Dieu, afin de parvenir à une existence pleinement humaine. Il n’est de culture que de l’homme, par l’homme et pour l’homme. C’est toute l’activité de l’homme, son intelligence et son affectivité, sa quête de sens, ses coutumes et ses repères éthiques. La culture est si naturelle à l’homme que sa nature n’a de visage qu’accomplie dans sa culture. » (Cf. Conseil Pontifical de la Culture. « Pour une pastorale de la culture », I, 2).
    Pour l’auteur, les croyants sont invités à « inculturer » aujourd’hui la foi, à reconnaître les valeurs culturelles contemporaines (individualisme, mondialisation, interconnexion, etc.), et à critiquer leur ambiguïté quand elles conduisent à l’injustice, à la violence et aux dérives sectaires. Un des intérêts de cet ouvrage est d’apporter une analyse intéressante sur le devenir culturel de la foi et une approche originale du dialogue entre culture et foi.
  • Henri DERROITTE, André FOSSION (Dir), Cours de religion et citoyenneté à l’heure de l’interconvictionnel, Collection « Haubans », n°8, Ed.° Lumen Vitae, Namur, 2015, 200 p.
    « Intergénérationnel », « interculturel », « interconfessionnel », « interreligieux », et voici une nouvelle réalité : « l’interconvictionnel » ! Dans cet ouvrage, les auteurs montrent que l’enseignement des religions tout comme celui des convictions non confessionnelles, ont leur place dans l’école publique. André Fossion explique en effet que celle-ci a le devoir de « promouvoir la connaissance des traditions, de leur histoire, de leurs représentations, de leurs pratiques, etc. L’inculture religieuse, en effet, serait une inculture tout court. De plus, on sait qu’une religion vécue sans culture, sans connaissance critique ni regard lucide sur elle-même, dérive vite vers le communautarisme, l’obscurantisme voire le fanatisme ».
    Une question transversale est implicitement posée : comment passer d’une neutralité « aplatissante », voire « aseptisée » à une neutralité « ouverte » et bienveillante » ? Le devoir de réserve - tant chez les enseignants que chez les apprenants - garantit le respect de la liberté de conscience ; il permet de garder une juste distance par rapport aux « convictions » qui peuvent être si facilement érigées en idéologies. Seule une culture exigeante du dialogue peut permettre aux contemporains de se positionner en connaissance de cause dans le champ interreligieux actuel.
    Le débat « interconvictionnel » permet de redéfinir « notre rapport aux croyances, qu’elles soient religieuses ou laïques », de bâtir un « vivre ensemble » dans le respect des différences, de promouvoir une citoyenneté solidaire et active.

Christine AULENBACHER


Nouvelles de la faculté et autres

  • Du 17 au 19 novembre 2015, Colloque International organisé par l’UMR DRES (Droit, religion, entreprise et société) : L’enseignement universitaire de la théologie musulmane : perspectives comparatives. (Palais Universitaire de Strasbourg – salle Pasteur).
    Programme : http://dres.misha.cnrs.fr/IMG/pdf/programme_de_finitif.pdf
  • Le 19 novembre 2015, conférence de M. François Boespflug organisée par l’UMR DRES : La liberté d'expression inconditionnelle comme idole, et le grief de blasphème comme prétexte. (Palais Universitaire de Strasbourg – salle Tauler à 17 h).
  • Du 27 novembre 2015 au 13 janvier 2016, au Cloître ouvert du Couvent des dominicains (Paris 8e), Exposition Clins Dieu du Pape François : Un voyage dans les tweets du Pape François en images.
  • Le 27 novembre 2015 de 9h à 16h30, Journée d’études ESPE / Faculté de théologie catholique : Le fait religieux : appréhension et appropriation. (Collège Doctoral Européen 46 boulevard de la Victoire– Strasbourg)

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