Billet: Troisième voie ou voie du tiers ?

Face aux différentes situations de crises, les propos du pape François sur l'économie dans l'exhortation apostolique Evangelii gaudium en 2013 et au Parlement européen le 25 novembre 2014 ont suscité de nombreux débats dans la presse économique internationale.

Comme en 2009 avec les propos sur l'économie tenus par le pape Benoît XVI dans l'encyclique Caritas in veritate, le débat renaît sur l'instauration d'une hypothétique troisième voie, intermédiaire entre une économie de marché totalement dérégulée et un collectivisme généralisé, mais toujours rejeté par le magistère. Cette idée d'une position médiane reste enfermée dans la représentation entre une solidarité organisée par l'État providence et une solidarité laissée au seul privé. C'est oublier tout simplement que ces formes de solidarité fonctionnent ensemble dans une société. De plus, il en existe une troisième forme, la communautarienne qui organise les relations entre les personnes en-dehors de l'État et du système marchand. Elle est pour une bonne part relookée aujourd'hui (par le marketing ?) en sharing economy, malgré les promesses des chantres de l'économie 4.0.

Un nombre significatif d'ouvrages sont parus ces derniers temps, manifestant un regain d'intérêt pour le discours social chrétien. Citons parmi d'autres du Service national famille et société de la Conférence des évêques de France, Notre bien commun (éd. de L'Atelier, 2014), du Service de formation du diocèse de Nantes, Participer à la vie politique (éd. Parole de chrétiens, 2014), des diocèses de Besançon, Belfort et Saint-Claude, Un pas vers Dieu, un pas vers l'homme. La pensée sociale de l'Église (Association diocésaine de Saint-Claude, 2013) ou encore le très récent livret de carême 2015 édité par le diocèse de Metz, Un trésor à partager : la pensée sociale de l'Église.

Ce printemps éditorial se situe dans la perspective jadis tracée par le pape Paul VI : « Face à des situations aussi variées, il Nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait valeur universelle. Telle n'est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés chrétiennes d'analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l'éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l'Évangile, de puiser les principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d'action dans l'enseignement social de l'Église tel qu'il s'est élaboré au cours de l'histoire... À ces communautés chrétiennes de discerner, avec l'aide de l'Esprit Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu'il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s'avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas » (Octogesima adveniens, 1971, § 4).

Que suggère cet élan éditorial ? S'il fallait absolument trouver une troisième voie entre les modèles économiques de société, elle serait plutôt à chercher à mi-chemin entre une conception exclusivement religieuse de l'économie et celle strictement séculière ou laïque, selon les analyses d'Adrian Pabst (A Catholic Third Way: Pope Benedict and the Crisis of Global Capitalism, 28 mars 2012, URL: , art. consulté le 16 mars 2014). Ces réflexions traversent les articles du récent numéro thématique de la Revue des sciences religieuses consacré à « Éthique et économie » (88, no 3, juillet 2014).

De telles questions alimenteront un débat à l'École nationale d'administration (ÉNA) à Strasbourg lors d'une table-ronde avec M. le préfet Joël Thoraval, auteur d'un récent ouvrage Pensée et action sociales de l'Église (éd. Parole & Silence, 2014), et M. Antoine Moster, ancien président des Caisses d'Épargne d'Alsace, et animée par le professeur René Heyer, doyen de la faculté de théologie catholique.

Marc FEIX


La pensée du mois

« Deux facteurs me semblent expliquer que l'économie soit en train de perdre sa capacité de s'autotranscender en se projetant vers l'avenir. Le premier est que l'économie a toujours eu besoin des ressources du politique, de son extériorité par rapport à elle, de ses propres facultés d'autotranscendance, pour se dépasser elle-même. Le politique est une source essentielle d'autotranscendance. De quoi le politique tient-il ce pouvoir ? La réponse à cette question difficile ne fait pour moi pas de doute et j'en ai traité ailleurs (La Marque du sacré, Paris, Flammarion, 2012) : c'est de ce qui reste de sacré dans le politique que celui-ci tient son pouvoir de faire que les peuples, parfois, réussissent à s'élever au-dessus d'eux-mêmes et à se projeter vers l'avenir. Dans le monde de l'économie tout s'achète. De plus en plus ouvertement l'économie se paie le politique – il ne s'agit pas spécialement de corruption, même si cela existe – et elle s'en montre fière. Tantôt elle se vante de pouvoir se passer de lui, tantôt elle lui repasse les tâches subalternes. Elle aime bien faire peur et qu'on la craigne. Rien ne la réjouit davantage que de voir ces hommes et femmes politiques impuissants qui marchent à pas de loup pour ne pas l'effrayer. Eh bien, elle a tort. En rabaissant le politique, elle scie le tuteur qui lui permettait de dépasser le médiocre statut qui est le sien, à savoir la gestion de l'intendance. Elle se condamne à la pure immanence des tâches du foyer. En occupant tout l'espace social, l'économie s'est privée de l'extériorité dont elle a un besoin absolu. N'ayant d'autre horizon que l'avenir immédiat, elle se recroqueville sur elle-même, cesse de donner des raisons de vivre à la jeunesse, réduit des populations entières à la misère et, perdant sa capacité de contenir la violence, nous prépare un monde de cauchemar. »

Jean-Pierre DUPUY, « La crise de la raison économique et la perte de foi dans l'avenir », Revue des sciences religieuses 88, no 3, juillet 2014, p. 309.


Alumni

Si vous êtes diplômés de la Faculté de théologie catholique, rejoignez le réseau des Alumni de l'Université de Strasbourg et restez en contact avec les étudiants et les enseignants. L'inscription peut se faire à partir de l'adresse suivante : http://alumni.unistra.fr/. Nous avons tous à gagner de la diversité des réalités dans lesquelles nous sommes investis en les faisant connaître, en partageant notre expérience, en mettant en commun des ressources et des savoirs.


Éléments bibliographiques

Vient de paraître :

  • Marie-Jo THIEL, La Santé augmentée : réaliste ou totalitaire ? Paris, Bayard, 2014, 280 p.

Cet ouvrage se saisit des développements biotechnologiques de la médecine qui fascinent et inquiètent. Ce qui apparaissait hier comme un immense progrès, est peut-être en passe de susciter des tourments inédits. Immortalité, invulnérabilité, des moyens considérables de maîtrise s'invitent dans le développement de l'humain. Ce mouvement de médicalisation globale de l'existence humaine contribue-t-il à l'humanisation des personnes et au bien-être social ? En quoi la théologie est-elle concernée ? L'auteure propose une analyse qui aide à ouvrir les yeux, à explorer les ressources de la foi chrétienne en particulier quand elle évoque vulnérabilité fragilité, grâce, guérison...

  • Marie-Jo THIEL (dir.), Les Enjeux éthiques du handicap, Presses Universitaires de Strasbourg, Collection « Chemins d'éthique », 2014.

Les personnes en situation de handicap rencontrent aujourd'hui encore bien des difficultés, des barrières, des discriminations et des exclusions. Des progrès considérables ont permis de transformer leur quotidien au cours des dernières décennies, mais de nombreux défis demeurent. L'ouvrage, fruit d'un colloque international, en évoque un certain nombre : autour du langage, de l'inclusion, la reconnaissance, la solidarité, la gouvernance, l'engagement associatif, la possibilité de mener une « vie ordinaire », de travailler, fonder une famille...

À noter que les articles originaux en allemand et anglais sont publiés aussi à part dans : Marie-Jo THIEL (éd.), Ethische Fragen der « Behinderung ». Ethical Challenges of Disability. Lit Verlag 2014.


Informations diverses

  • À l'occasion de la parution de l'ouvrage de Joël THORAVAL, Pensée et action sociales de l'Église (220 p., Éditions Parole et Silence, 18 €), mercredi 8 avril 2015, séance de dédicace (16h à 17h à la Librairie Oberlin 22, rue de la division Leclerc –Strasbourg), conférence-débat (18h à 20h à l'ÉNA 1, rue Sainte Marguerite –Strasbourg), Actualité de la pensée sociale de l'Église, entre M. le préfet Joël THORAVAL (ancien président national du Secours catholique) et M. Antoine MOSTER (ancien président des Caisses d'Épargne d'Alsace), animé par M. le professeur René HEYER (doyen de la Faculté de théologie catholique de l'université de Strasbourg). Inscription obligatoire en indiquant prénom et nom, par courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..
  • Séminaire « Ethique et droits de l'homme » le 13 avril 2015 de 17 h à 19 h au Palais universitaire, avec une conférence de Marie-Jo THIEL, Professeure à la faculté de théologie catholique, dir. du CEERE, sur Devenir maîtres et possesseurs du génome.
  • Séminaire le 16 avril 2015 de 16 h à 19 h au CEERE, avec une conférence de Philippe WASSER, médecin neurologue et diacre permanent de la Pastorale de la santé en Alsace, sur TIC et christianisme.
  • Journée d'étude le 22 avril 2015 de 9 h à 17 h 15 au Palais universitaire organisée par L'AAMES, Association des amis du master d'éthique de Strasbourg, sur le thème De l'humain à l'inhumain : une analyse transdisciplinaire du rejet de l'autre. À 18 h 30, projection-débat du film Rwanda, la vie après – Paroles de mères, au cinéma Odyssée, en présence d'André Versaille, le réalisateur. Entrée libre mais inscription conseillée avant le 15 avril chez Nadège HEKPAZO, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou par tél : 03 68 85 39 68.
  • Journée d'études le 5 mai 2015, puis colloque national des Espaces de réflexion éthique les 10 et 11 septembre 2015 à Strasbourg sur le thème Questions éthiques posées par la mort encéphalique. Il est possible de participer sans être membre.
  • Journée interne d'étude (réservée aux membres) de l'Association de théologiens pour l'étude de la morale (ATEM) au Centre Sèvres le 2 juin 2015 sur La place de la conscience dans le discernement moral, en particulier en relation avec les questions posées par le synode sur la famille.
  • Colloque annuel de l'ATEM (Association de théologiens pour l'Etude de la morale) aura lieu à Trento (Italie) du 26 au 29 août 2015 et sera consacré à la question Quelle identité de l'éthique théologique aujourd'hui ? Pour quel service ? Il est possible de participer sans être membre de l'ATEM. http://www.ethique-atem.org/
  • Congrès international de l'Association Européenne de Théologie Catholique à Leuven (Belgique) du 17 au 20 septembre 2015 sur le thème : L'âme de la théologie. Sur le rôle de l'Écriture en théologie. Cette rencontre qui a lieu tous les deux ans réunit quelque 250 théologiens européens de toutes disciplines. Mais on peut participer sans être membre de l'association. La section française est présidée par Marie-Jo Thiel. Répondez à l'appel à communications, au Prix de l'article ou livre en théologie, inscrivez-vous : http://www.kuleuven.be/eurotheo/congresses/.
  • Colloque universitaire international à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Don Bosco (1815) à Lyon du 14 au 16 octobre 2015 sur le thème Les intuitions pédagogiques de Don Bosco. Renseignements et inscriptions : www.centrejeanbosco.com - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Soutenances de thèse en théologie catholique

  • Amany TOURE : «Eglise-Famille de Dieu et protection sociale des prêtres en Côte d'Ivoire. Contribution à l'écclésiologie africaine et perspectives pastorales », sous la direction de Simon Knaebel, 31 mars 2015, 14 h, salle Fustel, Palais Universitaire.
  • Aleksander DZIADOWICZ : « La participation sacerdotale au témoignage de Dieu. Des affirmations bibliques aux écrits du milieu antiochien des premiers siècles (Paul, Ignace d'Antioche et Jean Chrystostome) », sous la direction de Françoise Vinel, 10 avril 2015, 14 h, salle 47, Palais Universitaire.

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