Billet: Droit canonique et théologie

Il y a une dizaine d'années paraissait dans la revue Droit et société un article de Pierre-Yves Condé intitulé « La fragilité du Droit. "Déthéologisation" et "théologisation" du droit canonique après Vatican II »1. Il rendait compte des discussions menées par les canonistes sur le lien entre théologie et droit canonique. Le droit canonique, en tant que discipline, est-il autonome ou entretient-il un lien étroit avec la théologie ?

La Faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg, à travers l'Institut de droit canonique (IDC) et le Centre de recherche et de documentation des institutions chrétiennes (CERDIC), participèrent activement aux débats : de nombreuses études ont été publiées et des colloques ont été organisés autour du lien qu'entretient la théologie avec le droit canonique2, ainsi que d'autres questions touchant les deux disciplines.

Ces discussions avaient, en fait, pour origine la diversité des écoles canoniques3, reposant elles-mêmes sur des courants théologiques différents. L'école favorable au lien étroit entre théologie et droit canonique s'imposa, avec l'appui du Pape Paul VI4, « maître et théologien du droit », selon l'expression du Pape Jean Paul II5, de sorte qu'aujourd'hui, il ne vient à l'idée d'aucun canoniste de revendiquer une indépendance totale du droit canonique par rapport à la théologie.

Quelle que soit l'école canonique à laquelle ils puissent appartenir, les canonistes sont invités à collaborer avec les théologiens, non plus sur la base d'une affinité idéologique entre un courant théologique et une école canonique, mais autour de questions actuelles relevant de la vie de l'Église. La proposition n° 53 de la Relatio Synodi du Synode sur la famille du 18 octobre 2014 (exhortant à approfondir la thématique de la communion spirituelle et de la communion sacramentelle et leur lien avec la théologie du mariage), le récent discours du pape François aux auditeurs de la Rote romaine (les invitant, dans l'évaluation de la validité du consentement exprimé, à « tenir compte du contexte de valeurs et de foi – ou de leur carence ou absence – dans laquelle l'intention matrimoniale s'est formée »), ainsi que le prochain colloque de l'IDC sur la conjugalité qui se tiendra à Strasbourg les 18 et 19 mai prochain (cf. ci-dessous) ne constituent-ils pas autant de manifestations de cette collaboration entre canonistes et théologiens ? Une collaboration qui reste naturellement ouverte à d'autres disciplines telles que le droit, la sociologie...
Les débats actuels, extrêmement nourris dans de nombreux domaines, semblent en tout cas offrir l'occasion d'un dialogue fécond entre les deux disciplines.

1. Droit et Société, 63-64, 2006, p. 527-551.
2. Revue de droit canonique, 20, 1970, p. 289-307; 24, 1974, p. 3-27; 27, 1977, p. 5-37; PJR - Praxis Juridique et Religion, 1, 1984, p. 19-81, 166-176; 3, 1986, p. 92-108.
3. L'école italienne, l'école de Munich, l'école de Navarre et le courant animé par la revue Concilium (cf. n°8, éditorial).
4. Cf. Allocution de Paul VI au Congrès international de droit canonique en 1970 et 1973, La Documentation Catholique, 67, 1970, p. 155-157 ; 70, 1973, p. 801-804.
5. Jean Paul II, Allocution à des évêques (21 novembre 1983), Communicationes, 15, 2, 1983, p. 125.


La pensée du mois

« Frères, gardons-nous du terrorisme des bavardages ! »
Pape François, 22 décembre 2014

Difficile d'imaginer que ces mots forts n'auraient de pertinence que pour la Curie romaine ! Sans devenir nécessairement de la calomnie, punissable selon les termes du c. 1390 du Code de droit canonique, le bavardage, comme le commérage que le Saint-Père mentionne dans le même passage n° 9 de son discours, comptent parmi les maladies qui font le plus de tort aux institutions, les empêchant de fonctionner de manière efficace et avec professionnalisme.

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2014/december/documents/papa-francesco_20141222_curia-romana.html


Lectures

1. Deux ouvrages récents apportent des points de vue opposés sur la question très actuelle et extrêmement débattue des « divorcés remariés » :

  • Walter Kasper, L'Évangile de la famille, Paris, Cerf, 2014, 96 pages :
    « La famille est une bonne nouvelle. Église domestique, première unité de la vie sociale et chrétienne, sa structure est cependant, depuis plusieurs décennies, confrontée à une remise en question. Un écart s'est créé entre l'enseignement de l'Église catholique sur le mariage et la famille et les convictions vécues de nombreux chrétiens.
    C'est à la demande du pape François que, lors de l'ouverture du consistoire des cardinaux sur la famille, le cardinal Kasper a réinvesti, à partir de la Bible, la théologie qui sous-tend le sacrement de mariage. Rappelant dans des propos d'une grande clarté l'histoire du sacrement, puis sa judiciarisation, il explique ce qu'est l'Évangile de la famille. À l'horizon se dessine un approfondissement inédit : il invite l'ensemble des chrétiens, laïcs et clercs, tout en maintenant l'exigence évangélique, à considérer la situation "sous l'angle de celui qui souffre et qui demande de l'aide", à articuler fidélité à la tradition et miséricorde à l'égard de ceux qui souffrent.
    L'annonce d'une ouverture possible et sans précédent dans l'Église, par l'un des plus éminents théologiens de notre temps » (présentation de l'éditeur).
  • Robert Dodaro (textes réunis par), Demeurer dans la vérité du Christ. Mariage et communion dans l'Eglise catholique, Artège, 2014, 312 pages :
    « Les essais réunis dans cet ouvrage exposent les réponses apportées par cinq cardinaux de l'Église catholique romaine et quatre autres spécialistes, à un ouvrage publié en début d'année par le cardinal Walter Kasper et intitulé L'Évangile de la famille. Le cardinal encourage ses lecteurs à poursuivre le débat.
    Le présent recueil n'a pas d'autre but que de répondre à cette invitation. Les essais publiés ici entendent réfuter sa proposition d'une version catholique de quelques pratiques de l'Église orthodoxe pour certains divorcés remariés civilement. Ils s'attachent à montrer l'impossibilité de concilier cette idée avec la doctrine catholique de l'indissolubilité du mariage, la proposition ne pouvant que conduire à des erreurs d'interprétation sur la fidélité et la miséricorde » (présentation de l'éditeur).

2. « Le baptême ne s'efface pas » !

  • « Par un arrêt du 19 novembre 2014 (n° 13-25.156, à publier au Bulletin), la première chambre civile de la Cour de cassation a confirmé l'arrêt du 10 septembre 2013 de la cour d'appel de Caen ayant refusé de faire droit à la demande d'une personne tendant à la radiation de son nom du registre paroissial des baptêmes. Cette solution distingue heureusement la réalité objective et historique du baptême chrétien du "positionnement" subjectif et actuel du baptisé vis-à-vis de son baptême. Ce dernier, s'il peut renier la valeur ou l'importance de son baptême, ne peut en revanche en effacer l'existence. C'est pourquoi le registre des baptêmes, dont l'objet est de consigner les lieu, date et acteurs de l'évènement historique qu'est le baptême, ne peut être effacé en aucune des mentions. Il ne peut qu'en mentionner le reniement par la personne concernée ».
    « Le baptême ne s'efface pas. L'arrêt de la Cour d'appel de Caen du 10 septembre 2013 confirmé par la Cour de cassation », Revue de droit canonique, 64/1, 2014, p. 157-166 ; résumé p. 183.
    Le Code de droit canonique de 1983 consacre au sacrement du baptême les canons 849 à 878. Le Code des Canons des Eglises Orientales de 1990 lui consacre les canons 675 à 691.

3. Notre collègue franciscain des Facultés jésuites de Paris a publié récemment un ouvrage qui est à recommander tant aux théologiens qu'aux canonistes : Bernard Forthomme, La voie libre. Théologie du franc-parler, Éditions Facultés jésuites de Paris, 2014, 274 pages. Il s'agit d'un outil d'une vive actualité, vraiment précieux pour la réflexion autour de la vérité, de la docilité ou de l'obéissance et, en particulier, autour de la notion de parrhèsia, ou liberté de langage, dont le pape François a rappelé l'intérêt dès l'entrée en synode à l'automne 2014.
Recension à paraître dans la Revue des sciences religieuses, 89/2, 2015.


Informations diverses

Étudier à l'Institut de droit canonique :

La Faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg propose, par l'intermédiaire de l'Institut de droit canonique (IDC), une formation complète en droit canonique, de la licence au doctorat, en passant par le master, sanctionnée par des diplômes de l'État français pouvant être reconnus, sous conditions, par l'Église. Les dossiers complets peuvent être adressés au secrétariat de la Faculté de théologie catholique (cf. Guide pédagogique de l'IDC sur le site de la Faculté). Une commission pédagogique statue sur le niveau d'études que le candidat pourrait intégrer à l'IDC. La licence et le master 1 se préparent par un système combiné de sessions sur place et de cours par correspondance. Le master 2 se prépare exclusivement sous forme de sessions mensuelles bloquées sur place. Le doctorat en droit canonique se prépare dans le cadre de l'École Doctorale de Théologie et de Sciences Religieuses (ED 270) au sein de l'Axe de recherche « droit canonique » rattaché à l'UMR 7354 DRES (Droit, religion, entreprise et société).

Soutenances de thèses en droit canonique (d'avril à juin 2015) :

  • Anne Buysschaert, « Droit canonique et handicap », sous la direction de Jean-Luc Hiebel.
  • Germain Mbida, « Le rapport de la personne à l'institution dans l'histoire de la vie religieuse. Son évolution des origines à la fin du XVIIIe siècle », sous la direction de Marc Aoun.
  • Louis Nantcho, « Mariage et dissolution du lien matrimonial dans la communauté Akya, en droit civil ivoirien et en droit canonique. Approche comparée et nouvelles perspectives », sous la direction de Marc Aoun.
  • Fadi Rabbat, « Le Mariage mixte : une réalité antiochienne à réexaminer », sous la direction de Marc Aoun.

Soutenance de thèse en théologie catholique :

  • Amany TOURE : « Eglise-Famille de Dieu et protection sociale des prêtres en Côte d'Ivoire. Contribution à l'ecclésiologie africaine et perspectives pastorales », sous la direction de Simon Knaebel, 31 mars 2015, 14 h, Palais Universitaire, salle Fustel.

Colloques et publications :

  • « La restauration de la création : quelle place pour les animaux ? » – Colloque organisé par l'ERCAM (M. Cutino, I. Iribarren et F. Vinel) avec la collaboration de l'Institut d'Etudes Augustiniennes (Paris), 12-14 mars 2015 à Strasbourg.
  • « Construction et évolution des identités religieuses dans le judaïsme ancien et le christianisme primitif. Textes et traditions », deux journées d'études organisées par l'Équipe de recherche en exégèse biblique de Strasbourg (EREB) et l'Institut de théologie protestante de Landau, 20-21 mars 2015 à Strasbourg.
  • « La conjugalité. Approches disciplinaires, évolutions historiques et reconnaissance institutionnelle » (colloque RDC-IDC-UMR 7354 DRES), Strasbourg, Palais Universitaire, 18-19 mai 2015.
  • Revue de droit canonique : Dernier numéro paru, t. 64/1, 2014 : Varia, 190 pages. Numéro Varia, t. 64/2 (sous presse). Numéro thématique « Les vœux religieux », t. 65, 1-2 (en préparation, parution prévue au printemps).
    RDC : Sommaires, résumés des articles et modalités d'abonnement sur : www.droitcanon.com

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