Billet

Il y a quelques semaines, les attentats de Paris ont choqué la France. Il n’est pas besoin de rappeler les événements et les différentes interprétations diffusées dans les médias. Les biblistes ont-ils quelque chose à dire dans cette situation ? Oui et non. À vrai dire, un bibliste n’est normalement pas formé dans les domaines de l’histoire et de la littérature de l’Islam. Le champ d’investigation qui l’occupe est la Bible dont les derniers textes datent, si les hypothèses sont correctes, du 2ème siècle après J.-C. Ils remontent donc à une époque antérieure à la naissance de l’Islam. Les biblistes doivent-ils alors se taire dans la situation actuelle ?

Il n’est pas téméraire de dire que les trois religions monothéistes – judaïsme, christianisme, islam – ont un impact sur l’histoire et la politique européennes et non européennes. Or la question se pose de savoir dans quelle mesure le problème de la coexistence paisible de plusieurs religions en Europe et ailleurs a ses racines dans un passé lointain, plus concrètement dans l’Antiquité. Les identités que les juifs et, plus tard, les chrétiens et les musulmans ont élaborées d’eux-mêmes ne reposent-t-elles pas sur des choix dont l’influence est perceptible encore à l’heure actuelle ? Et ces choix ne concernent-ils pas la question de savoir s’il est possible de vivre paisiblement dans la même ville, dans la même rue, voire dans la même maison ? Comment définir alors le rapport avec les « autres » ?

Les textes d’origine juive et chrétienne donnent quelques conseils. N’en citons que deux : Autour de 595 av. J.-C., le prophète Jérémie invite ses compatriotes exilés en Mésopotamie à rechercher la paix (en hébreu : shalom) pour la ville où YHWH les avait déportés, car la paix des exilés dépendrait de la paix de la ville. De plus, Jérémie encourage les juifs à prier pour cette ville babylonienne (Jr 29,7). En d’autres termes, le prophète souligne la nécessité de s’intégrer dans la société étrangère et de contribuer au bien-être commun. Et comment se situer par rapport à la religion du voisin ? L’historien juif Flavius Josèphe donne un conseil pragmatique : « Notre législateur [= Moïse] nous a formellement interdit la raillerie et le blasphème à l’égard des dieux reçus chez les autres » (Contre Apion, II, § 237).

Ne serait-il pas nécessaire de rappeler les textes juifs et chrétiens qui abordent les problèmes souvent épineux de la coexistence paisible de plusieurs religions ? Les biblistes ne sont-ils pas appelés à étudier ces textes et à en promouvoir la connaissance ?

La pensée du mois

À quelque vingt ans d’intervalle, deux exégètes se sont saisis de la même question épistémologique et pragmatique, de l’utilité de l’exégèse et de son artisan. Voici un extrait de chaque article :

  • « La première responsabilité de l’exégète, c’est peut-être de veiller au respect de la Bible dans son altérité, comme une parole qui ne nous appartient pas en propre, parole reçue que nous ne pouvons réduire à notre propre pensée, à nos propres intérêts. Certes, cette responsabilité est celle de tout lecteur du Livre, et elle va dans la ligne du respect d’autrui dans tout dialogue inter-humain. »
    Vermeylen J., « À quoi servent les exégètes ? La lecture de la Bible, entre servitude et service », Revue des Sciences Religieuses 80 (2006), p. 309-329 (citation p. 315)
  • « À quoi sert l’exégèse ? L’exégèse est un instrument au service d’un processus qui la dépasse : la compréhension du texte biblique. L’exégèse trouve sa légitimité et sa finalité dans cet événement qu’est le comprendre, un événement qui à proprement parler est un événement de parole. En révélant l’irrémédiable immersion du texte dans une histoire révolue, l’exégèse met à jour le rapport qu’établit le texte avec l’événement fondateur de la foi ; dans ce rapport se love la vérité du texte, que l’exégète va tenter de saisir. Assurément, l’exégèse n’est pas en mesure d’actualiser cette vérité et d’en offrir l’appropriation au lecteur ; mais en décrivant comment le texte a construit sa vérité dans l’histoire, l’exégèse nous déplace vers un lieu où l’historique, parce qu’il est le lieu où Dieu est intervenu, nous ouvre au théologique. »
    Marguerat D., « À quoi sert l’exégèse ? Finalité et méthodes dans la lecture du Nouveau Testament », Revue de Théologie et de Philosophie 119 (1987) p. 149-169 (citation p. 159)

Alumni

Si vous êtes diplômés de la Faculté de théologie catholique, rejoignez le réseau des Alumni de l’Université de Strasbourg et restez en contact avec les étudiants et les enseignants. L’inscription peut se faire à partir de l’adresse suivante : http://alumni.unistra.fr/. Nous avons tous à gagner de la diversité des réalités dans lesquelles nous sommes investis en les faisant connaître, en partageant notre expérience, en mettant en commun des ressources et des savoirs.

Apprendre malgré la distance

Un des principaux atouts de l’enseignement à distance est la qualité des relations qui se nouent entre les différentes personnes, étudiants, enseignants et personnels administratifs. La Faculté de théologie catholique a maintenant une longue expérience dans ce domaine et propose une formation universitaire complète, appuyée sur la recherche. Les 16 et 17 octobre puis les 15 et 16 janvier étudiants et enseignants se sont retrouvés dans le cadre des sessions pédagogiques. Ces rencontres mettent la distance temporairement entre parenthèses. Elles permettent de se parler en direct, de mieux se connaître et de renforcer les liens. La réussite de la formation dépend beaucoup de la qualité de ces relations.

Éléments bibliographiques

Vient de paraître : E. Bons (éd.), Identität und Gesetz. Prozesse jüdischer und christlicher Identitätsbildung im Rahmen der Antike (« Biblisch-theologische Studien », vol. 151), Neukirchen-Vluyn : Neukirchener Verlag, 2014, vii + 143 p.

Ce livre, paru en langue allemande, est le septième volume d’une série de publications qui se focalise sur les enjeux du monothéisme juif et chrétien et ses implications pour les rapports avec les non- juifs et les non-chrétiens. Les volumes précédents ont été publiés dans la même maison d’édition à partir de 2008. Pourquoi une telle collection ? Les livres sont issus de séminaires annuels organisés par la section « Théologie biblique » de la « Wissenschaftliche Gesellschaft », association scientifique soutenue par l’Église protestante allemande. Depuis presque dix ans, une équipe d’une vingtaine de chercheurs (professeurs et doctorants) aborde de manière interdisciplinaire des sujets comme l’histoire du salut, le sacrifice, l’eschatologie, toujours dans une perspective « universaliste ». Le dernier volume, édité par Eberhard Bons qui fait partie en tant que catholique du comité de pilotage de l’équipe, comporte cinq contributions portant sur la loi (« Gesetz »). Dans quelle mesure une loi peut-elle contribuer à l’identité d’un peuple ? Dans quelle mesure une loi sert-elle à créer des distinctions entre différents peuples ? Les articles se consacrent à des sociétés et à des religions différentes : le Proche-Orient ancien et l’origine de la législation (Hans Neumann, Münster), la fonction du sabbat pour l’identité religieuse des Israélites (Alexandra Grund, Marbourg), la fonction de la loi dans l’Épître de Jacques (Matthias Konradt, Heidelberg), l’évolution et la fonction de la loi dans la société romaine (Werner Eck, Cologne), la fonction de la loi dans les écrits rabbiniques (Luke Neubert, Munich).

Informations diverses

  • « La restauration de la création : quelle place pour les animaux ? »
    Colloque organisé par l’ERCAM (M. Cutino, I. Iribarren et F. Vinel) avec la collaboration de l’Institut d’Etudes Augustiniennes (Paris), 12-14 mars 2015 à Strasbourg.
  • « Construction et évolution des identités religieuses dans le judaïsme ancien et le christianisme primitif. Textes et traditions »
  • Deux journées d’études organisées par l’Équipe de recherche en exégèse biblique de Strasbourg (EREB) et l’Institut de théologie protestante de Landau, 20-21 mars 2015 à Strasbourg.
  • Le Tyndale House, Cambridge, met à la disposition des exégètes un logiciel gratuit, « Step », permettant d’ouvrir les textes bibliques (langues anciennes et modernes) et de faire des recherches de concordance, etc. Plusieurs étudiants de notre faculté utilisent le logiciel avec succès. Il est disponible dans une cinquantaine de langues différentes. En langue française, on le trouve à l’adresse suivante : https://www.stepbible.org/?lang=fr
  • « Un siècle d’évangélisation au Burkina-Faso : regard d’historiens, regard de théologiens »
    Journées d’études organisée par Alphonse Ky-Zerbo, Philippe Vallin et Françoise Vinel (Faculté de théologie catholique, Université de Strasbourg), 27-28 mai 2015.

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